Accueil arrow Evénements arrow Les étudiants s'expriment arrow Le facteur psychologique dans la finance de marché

Mon compte


Mot de passe oublié ?
Enregistrez-vous

Le facteur psychologique dans la finance de marché Version imprimable Suggérer par mail
Aurélie POURCHIER
Aurélie POURCHIER est actuellement étudiante dans le Master Ingénierie Financière.

E-mail : La contacter
CV Voir son CV
« Un marché est la combinaison des comportements de milliers de personnes répondant aux informations, à la désinformation et à leurs caprices » Kenneth Chang (Journaliste du New-York Times).


 

La finance comportementale, fait de plus en plus parler d'elle. Ce n'est qu'assez récemment que l'on a commencé à la considérer comme une science à part entière. Pourtant, il ne s'agit certes pas là d'une préoccupation nouvelle. Son objet, les répercussions des comportements individuels et collectifs des agents sur l'évolution des marchés, a intrigué bon nombre d'économistes.

Aujourd'hui encore, le débat reste virulent, et la question de l'importance à accorder au facteur psychologique se pose tout particulièrement lorsque l'on cherche à déterminer l'évolution future des marchés.

Deux techniques sont couramment utilisées dans les décisions d'investissement : l'analyse technique, et l'analyse fondamentale.

La première, appelée aussi charting est fondée sur l'étude de graphiques et indicateurs issus de cours. En fonction de l'évolution passée d'un cours, l'analyse technique doit permettre d'anticiper l'évolution future d'un marché.

La seconde, quant à elle, s'appuie non pas sur un cours, mais sur l'analyse des fondamentaux d'une entreprise ou d'un secteur (chiffre d'affaires, part de marché, politique des ressources humaines etc.). Son objectif est en réalité de déterminer une « juste valeur » de la firme ou du secteur d'activité en question.

La différence d'approche entre les deux méthodes réside en un postulat de base différent : l'efficience des marchés.

Considérons en effet que selon la théorie classique, les marchés soient efficients : il en résulte que l'information, largement diffusée et accessible va être correctement interprétée et traitée par les opérateurs. Ainsi, les cours vont toujours être le reflet du prix effectif, et aucune donnée contenue dans les évènements passés n'est susceptible de faire varier les cours. Seule la diffusion d'une information nouvelle l'est. De fait, suivant cette hypothèse, l'analyste ne va tirer aucun profit de l'analyse de la progression passée des titres. Seuls importent les éléments macroéconomiques de la firme et de son environnement, qui seront à même d'influer sur la rentabilité de l'investissement.

Cette hypothèse trouve sa force dans le fait que le marché boursier est celui qui se rapproche le plus de la définition d'un marché efficient tel que l'a décrit Eugène Fama, père de l'hypothèse d'efficience des marchés (cf : The Foudations of Finance, 1976).

Cependant, si ce postulat suppose qu'il n'y aurait pas de dichotomie entre valeur réelle et valeur de marché, on ne peut nier l'existence de crises sur les marchés. Et ces crises sont incontestablement engendrées par la formation et l'éclatement de bulles financières, qui résultent elles-mêmes d'une évolution divergente entre valeur réelle et valeur de marché.

C'est la raison pour laquelle certains ont introduit un facteur supplémentaire, explicatif de l'évolution des marchés : la psychologie des agents.

Et c'est justement ce que la technique fondamentale occulte de son analyse, et qui lui fait défaut : le facteur psychologique que J. M. Keynes avait mis en évidence dès les années 30, et dont il avait fait la clé de voûte de toute sa théorie.

Dans un environnement où les agents sont en situation de rationalité limitée, et où l'information, est imparfaite, les agents peuvent-ils réaliser des choix d'investissement optimaux ? Bien évidemment, non. Dans ce cas, le marché ne peut être efficient. Et s'il ne l'est pas, toute la question de la décision d'investissement réside dans l'exploitation des poches d'inefficience sur le marché.

Daniel Kahneman, nobel d'Economie 2002, a réalisé son étude sur les travers de comportement. Selon lui, ils seraient de 4 ordres : 
cognitifs, c'est à dire relatifs à sa mémoire, à sa compréhension
- émotionnels (moralité, craintes, fierté...)
- individuels ou collectifs (mimétisme par exemple)
- effet d'annonce ou autoréalisation: on annonce qu'un cours va baisser, plusieurs individus croient cette information vraie, ils vendent, et par suite, le cours baisse réellement.

Ce sont ces biais qui seraient à l'origine de la création d'inefficiences sur le marché, inefficiences qui se traduiraient, sous forme d'anomalies de prix et de rentabilité financière.

Il est intéressant de souligner qu'à ce jour, aucune étude sérieuse relative aux différences de performances entre les deux types d'analyses (technique et fondamentale) n'a été menée. En outre, l'analyse technique reste assez controversée, étant même parfois considérée comme une « science occulte » (assertion basée sur l'idée qu'on ne peut pas prédire une action humaine).

De manière globale, il est légitime de penser qu'aucune de ces deux analyses n'est totalement satisfaisante (aucune n'est infaillible), et que l'évolution d'un marché résulte plutot d'une combinaison de facteurs.

On peut alors opter, comme le font certains investisseurs (et cela semble plus raisonnable) pour la combinaison des deux analyses, et le recoupement des résultats que l'on en retire. ■


Aurélie POURCHIER

 
Mis en ligne le 06/12/2007 • Mis à jour le 16/12/2007
< Précédent   Suivant >