Au cours des dernières années, les activités de capital-investissement ont connu un formidable essor, et les sociétés de private equity ont multiplié leurs investissements, s’imposant parmi les investisseurs institutionnels, s’engageant dans des risques unitaires chaque fois plus importants, et réalisant des performances éclatantes. En témoigne la croissance quasi-exponentielle du volume d’opérations de LBO, qui a atteint les 160,3 milliards d’euros en Europe en 2006, selon l’étude European Management Buy-out Review, publiée tous les six mois par le CMBOR*.
Les fonds de
private equity ne se sont pas contentés de se lancer à l’assaut de PME mal dirigées : elles ont audacieusement étendu leur quête aux multinationales (Blackstone en 2006 rachetait conjointement avec Lion Capital les sodas Schweppes et Orangina, plus récemment, Chrysler était racheté par le fond Cerberus...). Leur succès a été tel, que l’on ne pouvait que difficilement concevoir que leur progression puisse être entravée par qui ou quoi que ce soit.
Pourtant, ces derniers temps, les détracteurs de la
private equity (régulièrement contestée pour des motifs d’ordre éthique) se réjouissent : il semblerait que le vent ait tourné.
Rappelons tout d’abord que l’investissement dans des sociétés non côtées est basé sur l’endettement. Or, la récente hausse des taux d’intérêt, qui a déclenché la crise des subprimes a mis en émoi toute la sphère financière : la private equity est-elle encore capable de générer des profits ? Pourra-t-elle résister aux changements de conjoncture ?
C’est avec un certain pessimisme que ces questions ont été abordées, et en effet, la levée de fonds nécessaires à d’importantes opérations de LBO est devenue un vrai challenge. Les chiffres sont éloquents : aux USA et en Europe, les transactions de LBO représentaient en tout et pour tout 192,7 milliards de dollars au premier trimestre 2007. Elles ont baissé de manière régulière, pour ne bientôt plus atteindre que les 107,8 milliards de dollars au troisième semestre !
Doit-on pour autant conclure à la fin du capital-investissement ? L’âge d’or de la private equity s’achèverait-il? En dépit de nombreux pronostics défaitistes, peut-être ne devons nous pas tirer de conclusions trop hâtives.
Sur quoi reposent les sociétés de capital-investissement au juste?
On peut déterminer deux éléments sous-jacents à leurs activités :
• d’une part, on trouve (et ce, de manière constante), une offre de capitaux institutionnels, qui sont en quête d’investissements de long termes et à haut rendement ;
• face à cela, il existe, une demande, en provenance de sociétés non côtées, à la recherche de fonds. Pour elles, l’intérêt de ce mode de financement est double : l’importance des moyens qui sont mis à leur disposition, et le bénéfice d’un savoir, d’une expérience, tant au niveau stratégique qu’opérationnel (puisque les capitaux-investisseurs, business angels ou fonds spécialisés sont expérimentés et disposent généralement de réseaux professionnels importants).
Cette offre, cette demande, évolueraient donc selon une logique qui leur est propre.
Ainsi, si les évènements actuels, peuvent laisser à penser que des éléments conjoncturels sont en mesure d’influencer l’activité des fonds d’investissment sur le court-terme, rien ne permet d’affirmer en revanche que ce sera le cas sur à long terme.
En outre, le marché est loin d’avoir atteint ses limites. La maturité d’un marché peut être estimée au niveau national à l’aide du ratio établissant le rapport entre l’investissement en private equity et le PIB du pays. Le calcul établit sur les principaux pays européens montre que l’Europe reste un marché à fort potentiel (cf : Rapport ANIMA 2005, « Innovations, pôles technologiques et attraction de l’investissement dans la région MEDA »).
Plus simplement, n’importe quelle entreprise, qui détient un cash-flow consistant, au bilan « sain » et qui, soit recherche un nouveau propriétaire, soit souhaite développer un nouveau projet, constitue une cible potentielle pour les capitaux-investisseurs.
De fait, il est légitime de supposer que les fonds de private equity n’ont pas dit leur dernier mot. Un scénario à envisager toutefois, est que le marché du capital-investissement pourrait se concentrer dans les années à venir, et que seules quelques compagnies, les plus importantes, se partageraient alors les grandes transactions.