Alexandra, brillante diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris. s'est battue avec acharnement pour avoir le droit d'étudier à... la fac, dans un mastère (bac + 5) en ressources humaines de l'université de Paris 11, le Ciffop. Ils étaient près de 600. diplômés des meilleures écoles de gestion, certains venus de Chine ou d'Allemagne. Ils n'ont été que 58 à pouvoir participer aux conférences de professeurs d'université et de DRH de Danone, de Bouygues Construction ou d'Areva, dans des locaux modernes, situés avenue Bosquet, dans le très chic Vile arrondissement de Paris. Après un an d'études en apprentissage, rémunéré 1.500 euros par mois, et diplôme en poche, Alexandra est partie en Tunisie, pour un très important fournisseur de l'industrie automobile. Son stage n'était pas achevé qu'un des grands de l'industrie de défense la recrutait en CDI. Une belle histoire qui se reproduit aux quatre coins de l'Hexagone. Dans ces " pépites " universitaires qui, comme le Ciffop. sont dirigées par de jeunes professeurs brillants et dynamiques, qui ont importé dans l'université les méthodes des grandes écoles : sélection sévère, excellentes conditions de travail, emploi assuré à la sortie, diversification des ressources et relations étroites avec le monde professionnel. En toute discrétion, elles se multiplient. Mettant à mal l'idée bien ancrée d'un mammouth confit dans son immobilisme. Visite guidée..
IMUS-Annecy: Un lieu de vie idéal
C'est un espace proche de la forêt, avec vue sur les cimes aiguës des Alpes et le beau lac d'Annecy, propre comme une piscine. Au centre, un bâtiment flambant neuf, achevé le 15 juin, porte à 4.500 le nombre de mètres carrés disponibles pour les 600 étudiants de l'Imus, une filière universitaire de la fac d'Annecy, délivrant des mastères (bac + 5) de commerce et vente, de management international ou d'économie et finance. Les profs disposent tous de bureaux individuels et les étudiants de 350 ordinateurs en accès libre permettant de se connecter aux banques de données du monde entier. Deux salles de télémarketing, deux salles hypermédias et du wi-fi partout complètent le dispositif. Ces conditions matérielles parfaites sont au service d'un projet pédagogique fondé sur le développement personnel des étudiants.
À côté des enseignements traditionnels, ils participent à un semestre international de jeux d'entreprise en anglais. Ils travaillent à améliorer leurs savoir-faire - mener un entretien de vente ou organiser une action marketing - par des stages ciblés, des projets, la participation aux bureaux des élèves. Leurs résultats en ces " matières " sont enregistrés dans un passeport de compétence. Chaque étudiant est accompagné dans son parcours par un enseignant et un professionnel référent. Bref, à l'Imus d'Annecy, on compte deux tuteurs par étudiant! Ces conditions de travail idéales, fondées sur l'implication de 50 entreprises locales et nationales, se retrouvent dans d'autres filières des universités de Limoges, de Rennes I, de Lyon I. Elles tranchent avec la grisaille morne d'amphis surpeuplés, image traditionnelle dont est affublée l'université française.
CFA-Paris VI: Payés pour préparer un diplôme
1.500 euros mensuels pour étudier en fac! Pas mal! C'est le bonheur des 200 apprentis du CFA de l'université de Paris VI, qui préparent un diplôme d'ingénieur, un mastère imagerie électronique ou une licence d'informatique ou de biologie. " Ces étudiants de milieu modeste. souvent issus de l'immigration, veulent dépasser l'avenir qui leur est promis et s'en sortir ", souligne Christian Gury, centralien et président de ce CFA fondé par l'université et la CCI de Versailles-Val-d'Oise-Yvelines. Son équipe de 13 personnes se charge du placement et du suivi des 200 étudiants en entreprise, dans des PME mais aussi dans des grands groupes comme Siemens ou Thales. Ces firmes versent un salaire d'au minimum 50 % à 60 % du Smic. L'apprentissage en université est une affaire en développement exponentiel. Seuls 9 CFA étaient enregistrés en 2004. En 2006, ils sont déjà 21. Et 17 projets d'ouverture sont connus pour 2007.
Aix-Marseille III: Un emploi assuré à la sortie
Avec son langage précis de banquier en gestion privée, Philippe Marquier détaille la brillante insertion professionnelle des étudiants du mastère ingénierie financière d'Aix-Marseille III, dont il préside l'Association des anciens : " La moitié de la promotion est recrutée à l'issue d'un stage. Un quart est employé dans les six mois, le quart restant trouve un emploi dans l'année. " Le diplôme emploie une chargée des relations entreprises. L'Association des anciens et ses 4.000 membres travaillent en réseau pour piloter les étudiants vers de " bons " stages, rémunérés et porteurs d'avenir. Les salaires sont à l'avenant de cette insertion réussie : entre 28.000 et 30.000 euros annuels bruts pour ceux qui travaillent dans la banque ou la finance d'entreprise. Plus de 30.000 euros et des bonus pour ceux qui exercent en finance de marché. Exceptionnel ? Pas tant que cela. Les étudiants ont un avenir professionnel identique aux élèves de grandes écoles, disent toutes les études officielles. Si l'on compare ce qui est comparable : c'est-à-dire des sorties à bac + 5; 92 % des élèves ingénieurs sont employés en CDI, trois ans après leur diplôme en poche. Comme 89 % des DESS (l'ancêtre du mastère) en sciences exactes ou naturelles. L'université débouche même sur de meilleurs emplois que les écoles : 63 % des DESS, toutes disciplines confondues, occupent un emploi de cadre, trois ans après la fin de leur scolarité. Seuls 57 % des anciens d'écoles de commerce se retrouvent dans cette situation enviable (Cereq. enquête " génération 2001 " et " génération 1998 ").
IECS-Strasbourg III: Ressembler aux grandes écoles
Est-ce une école ou est-ce une université'? La question se pose vraiment à l'Institut européen d'études commerciales supérieures (IECS). C'est un institut de l'université Robert-Schuman de Strasbourg. Mais ses étudiants sont recrutés par le concours commun HEC et l'école appartient au Chapitre des écoles de management, aux côtés des 28 autres meilleures formations de gestion comme HEC, ESCP-EAP ou Essec. L'IECS n'est pas une exception. À Nancy, l'Institut commercial de Nancy (ICN) est devenu un établissement privé rattaché à l'université de Nancy II. Toutes les subtilités du droit administratif sont employées pour rapprocher les " pépites " universitaires des grandes écoles. Le pionnier, l'université de technologie de Compiègne, bénéficie, depuis sa création en 1972, d'un statut dérogatoire identique à celui des grandes écoles d'ingénieurs. Après une dure bataille, l'université de Dauphine a obtenu, en 2004, le droit de sélectionner les 650 étudiants qui vont peupler les amphis de première année.
USTL-Lille: La manne de la formation continue
Ces " pépites " diversifient de plus en plus leurs ressources afin de se procurer elles-mêmes les moyens dont elles ont besoin pour conduire leurs étudiants à la réussite. La formation continue apporte, en 2004, 10,053 millions d'euros au budget de l'USTL de Lille qui s'élève à 70 millions (hors salaires des fonctionnaires). Des fondations regroupent des entreprises partenaires afin d'apporter de juteux financements qui représentent parfois 60 % du budget d'une filière. Les étudiants sont même mis à contribution. En toute illégalité. Les universités exigent d'eux des " droits complémentaires ", dont la généralisation avait été révélée par le journal Libération dès décembre 1994. Ils atteindraient 3.500 euros par an. Peu importe, les étudiants se précipitent pour les payer : ils sont moins élevés que ceux d'une grande école et sont le gage d'une scolarité dans d'excellentes conditions débouchant sur un bon emploi.